Voix Lusophones

Association des étudiants de portugais destinée aux lusophones et aux lusophiles, néophytes ou spécialistes

mardi 4 mars 2008

Silence ! On crie

A Costa dos Murmurios de Margarida Cardoso

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costa_dos_murmuriosLe rivage des murmures de Margarida Cardoso est un film sur la guerre coloniale portugaise qui se place, chose inédite, du point de vue du colon, celui qui, resté à l’arrière, à l’abri des affrontements et des massacres, ne perçoit de cette horreur que les bribes d’informations passées au tamis de la propagande.

Evita débarque au Mozambique pour épouser Luís, étudiant en mathématique qui effectue son service militaire. Contrainte à rester en ville, alors que son mari est au combat, elle se rend peu à peu compte que ce dernier n’est plus le même. Seule et désoeuvrée, elle n’a que pour unique compagnie celle de Helena de Tróia, femme du capitaine de Luís, au surnom plein de sous-entendus. Helena apparaît alors comme l’initiatrice dans cette colonie si semblable mais si différente à la fois du Portugal, comme cmariage_2elle qui fait découvrir à Evita qui est véritablement devenu Luis. Elle devient même le modèle à suivre pour franchir cette barrière insurmontable que la guerre a posée entre les deux amants. Le film opère ainsi une plongée dans la solitude et le désarroi d’Evita qui vit dans un monde auquel elle n’appartient pas et qu’elle ne comprend pas. Afin de rendre moins insoutenable la triste attente du retour de son mari, Evita s’intéresse à un fait divers qui s’abat alors sur le Mozambique et rencontre un journaliste, à ses heures poètes, avec lequel elle a, ou peut-être pas, (quelle importance ?), une relation.

0costa_2C’est un très beau film tout en lenteur qui évolue au fil de la contemplation réflexive de la protagoniste. Cependant, cette beauté et cette langueur des images contrastent avec la violence du propos, toujours muette, évoquée de manière allusive ou détournée. Margarida Cardoso travaille dans ce film sur les apparences, les doubles et les faux-semblants qui laissent planer le doute sur les jeux des identités toujours fuyantes, toujours incernables. Tout se passe comme si les personnages, contraints d'adopter les postures imposées par les événements, étaient submergés par les débordements de leur identité qu'ils ne peuvent réprimer. Un film rempli des murmures de ces plaintes qui restent tues.

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mardi 29 janvier 2008

Films d'animation portugais

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire découvrir deux films d'animation portugais, disponibles sur Youtube. Merci à Olho Aberto pour cette belle découverte !

Estoria do Gato e da Lua de Pedro Serrazina

 

Historia Tragica com Final Feliz de Regina Pessoa

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mardi 15 janvier 2008

Discussion autour d'un film

O Ultímo Mergulho de João César Monteiro

Le cinéma se sont des images qui bougent, mais aussi des images qui parlent, qui crissent, qui gémissent, qui font toute sorte de bruits. Et c’est bien la bande son de O Último Mergulho qui m’a le plus marquée ; une bande son qui laisse les bruits ordinaires parasiter les discussions des personnages au point de les rendre inaudibles ; une bande son qui superpose les scènes en introduisant le bruitage sordide des accouplements bestiaux dans le silence de la découverte de l’amour ; ou encore, une bande son qui finit tout simplement par s’éteindre, par se taire et laisse les images parler d’elle-même, comme par exemple dans la scène de la danse de Salomé, au cours de laquelle, la danseuse évolue sur la piste au son d’un silence pénétrant.

O Último Mergulho est un film sur l’eau ; et c’est le silence de la profondeur du Tage qu’il donne à écouter. Silence que veut, d’ailleurs, expérimenter Samuel dans un dernier plongeon auquel il convie o Senhor Eloi. Cependant, il rencontre Esperança, la muette, mais aussi l’initiatrice, avec laquelle il comprend que le silence est d’or, non pas comme les blés, mais comme les tournesols, dont ils traversent les champs dans une course passionnée et toujours muette. Il m’en faut peu alors pour rapprocher les tournesols de l’astre vers lequel ils se tournent, le soleil, symbole de l’idéal poétique, du sublime. L’aventure de Samuel devient alors l’expérience du sublime, car comme le poète, il explore les extrêmes dans sa quête du beau.

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Começo com o título.

The_Last_Dive4O mergulho que se segue, não é apenas o de um corpo na água, mas um mergulho pela cidade de Lisboa, cidade dominada por paredes rudes, e todavia que cheira a mar, paradigma português tão evocado ao longo do filme, seja na mixagem do som, seja na evocação do marinheiro Elói, ou ainda na presença do cais e do Tejo. Este é o último mergulho, aquele da morte ou o da iniciação que refaz o homem. E a concepção do homem do filme acaba por ecoar no texto de Hordëlin lido no fim.


The_Last_Dive6O undergound de Monteiro em muito se liga ao “udi-grudi” da Boca do Lixo - cinema paulista da década de 70/ 80 no Brasil. É o habitat causa e conseqüência dos valores morais dos personagens. Popular, pobre, esta Lisboa que aqui se abre para o mergulho, vende-se ao dinheiro de Elói, proporciona contatos surreais – como a cena da Salomé – e acaba por ser o espelho dos personagens, como havia sido o Tejo na primeira imagem de Samuel, que o contempla, tal um Narciso. O curioso é que a imagem que vemos não é o reflexo do jovem, mas sim o de um navio...

The_Last_Dive3Lisboa é quase o personagem principal, ao menos a Lisboa underground, típica da obra do cineasta. Assim como Roma se apresentava esplendorosa, violenta, cruel, vazia e centro do mundo na Dolce Vita de Fellini, a capital portuguesa é o cenário/ habitat da deambulação do jovem suicida, Samuel, e do seu novo mentor e amigo/ pai e sogro, Elói – vale notar que, logo após o encontro dos dois, numa tasca, o personagem do homem mais velho é comparado a um cachorro, numa técnica que lembra o exercício de Eisenstein.

Daniel Rodrigues

Participez également à cette discussion et donnez votre avis sur le film en laissant un commentaire qui sera ensuite publié sur le blog.

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mardi 13 novembre 2007

Balade du Côté de Doc Lisboa

L’association Olho Aberto organise chaque mois, au Studio des Ursulines, le Rendez Vous Mensuel du Cinéma Lusophone qui propose une sélection de courts métrages représentatifs de l’actualité cinématographique portugaise. Au programme des fictions, des documentaires et de l’animation. Ce mois-ci, DocLisboa était à l’honneur. Doc Lisboa est un festival international de cinéma qui récompense chaque année des films documentaires de tout format. La 5ème édition de ce festival s’est tenue à Lisbonne du 18 au 28 octobre dernier. Olho Aberto s’est fait le relais de cet événement et a présenté vendredi 16 novembre deux documentaires qui ont gagné respectivement le prix du court-métrage et celui du long métrage. Alors, vendredi soir, j’ai bravé le froid et les grèves et je me suis rendue au Studio des Ursulines pour voir ce qui se passait du côté de nos amis portugais.

Deux documentaires au programme : &etc de Claudia Clemente et Era Preciso Fazer as Coisas de Margarida Cardoso. Deux documentaires sur l’art : le premier sur le livre et la poésie, le second sur le théâtre. Deux documentaires certes, mais qui flirtent parfois avec la fiction.

p___etc_pq&etc est la rencontre avec trois personnages excentriques qui, depuis trente ans, dirigent une maison d’édition hors normes : &etc. Située au troisièmes sous-sol d'un immeuble lisboète, cette maison d'édition publie exclusivement de la poésie : des auteurs parfois inconnus, et d'autres qui le sont beaucoup moins, comme Adilia Lopes ou João César Monteiro, "um fiteiro" "com grande nariz" selon les propos d'un de nos trois énurgumènes. Dans ce décor hors du commun, où s'amoncellent pêle-mêle livres et bouteilles en plastique vides, sensées capter l'excès d'intellectualisme présent dans les lieux, ces trois éditeurs tiennent des discours incohérents, improvisent des situations absurdes ou créent sur l'instant des anti-poèmes. Mais surtout, ils publient par passion, pour l'amour de la poésie. Une seule édition possible pour chaque oeuvre publiée à 100 exemplaires. En cas de rupture, ces livres deviennent des raretés, mais le plus souvent, il reste des invendus que nos trois bons hommes sont obligés de détruire, comme s'ils se détruisaient eux-mêmes petit bout par petit bout.  C'est un court métrage plaisant et drôle, plein de poésie, que nous donne à voir Claudia Clemente, aussi plaisant que cette jeune femme qui déteste parler en public. Devant l'auditoire du Studio des Ursulines, elle a répondu à nos questions , les mains fourées dans ses manches retroussées, se tortillant comme une petite fille intimidée, comme pour figurer son humilité.


p_era_preciso_fazer_as_coisas_pqLe second film, réalisé par Margarida Cardoso dont le film Le Rivage des Murmures vient de paraître en DVD, est un documentaire sur la mise en scène d'Oncle Vania d'Anton Tchekov. Era preciso fazer as coisas, phrase qui scande tout le film, pénétre les répétitions d'une troupe de théâtre dirigée par Nuno Carinhas. Nous avons alors accès à la l'intimité de tous les participants et à leurs interrogations suscitées par ce travail : comment rendre un personnage? quel décor serait le plus adéquat? comment disposer le public? qu'en est il des costumes?... Dans un jeu qui cherche à brouiller les genres, la mise en scène devient elle-même une mise en scène grâce à l'artifice des monologues intérieurs qui nous font croire, l'espace d'un instant, que l'on entend les pensées des acteurs au même moment où ils sont filmés... un vrai roman. Et puis, il y a la présence de ce narrateur, extérieur à tous les plans, qui sans rendre audible les didascalies, ordonne l'agitation des répétitions, le découpage en actes qui rend finalement l'évolution linéaire du texte de Tchekov, et ces acteurs qui ne sont plus vraiment des personnes réels, mais qui incarnent déjà un peu les personnages qui joueront sur scène ultérieurement, et qui sont surtout les personnages de Margarida Cardoso. Documentaire, théâtre, roman... tous les genres sont convoqués pour donner vie au texte d'Oncle Vânia, pour donner du sens à la pièce et peut-être même à la vie...


Ce fut donc une bonne soirée cinéma, qui s'est close par une discussion autour d'un verre. A réitérer !!!


b_ry

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